Vous chauffez à l'électricité. Une villa des années 70 à Préverenges, un appartement de Morges, une maison de Bière avec des panneaux radiants dans chaque pièce. Quelqu'un vous a parlé de 2033, et vous ne savez pas si c'est une rumeur. Ce n'est pas une rumeur. Mais la situation réelle est plus inconfortable que ce que l'on raconte, et presque personne ne l'écrit.
Le décret, en une phrase
Le canton de Vaud a adopté le décret sur l'assainissement des chauffages et chauffe-eau électriques (DACCE, RSV 730.051). Il est entré en vigueur le 1er janvier 2025. Il demande le remplacement de ces installations d'ici au 1er janvier 2033. Environ 22'000 logements vaudois sont concernés.
Deux précisions décident de votre cas :
- Le décret vise les installations centralisées et décentralisées. Une chaudière électrique au sous-sol, comme des radiateurs électriques pièce par pièce.
- Il vise aussi le chauffe-eau électrique, pas seulement le chauffage. C'est le point que les propriétaires découvrent en dernier, et c'est souvent celui qui coûte le moins cher à traiter.
Une exception officielle existe : si, à l'entrée en vigueur du décret, le bâtiment était déjà chauffé aux énergies renouvelables, le propriétaire est exempté du remplacement du chauffe-eau décentralisé.
Le devoir d'annonce existe déjà
Ce n'est pas une obligation qui commence en 2032. Vous devez vous annoncer spontanément, au moyen du formulaire Excel officiel du canton, envoyé à chauffage-electrique@vd.ch. Le canton précise que seuls les fichiers officiels au format Excel sont pris en compte. Le premier délai d'annonce est dépassé, mais l'obligation reste en vigueur.
Beaucoup de propriétaires de la région pensent que ne rien dire fait gagner du temps. En pratique, cela retarde surtout le moment où vous saurez dans quelle catégorie vous tombez.
Les prolongations : à qui elles s'adressent vraiment
C'est ici que le malentendu est le plus fréquent. Les prolongations ne concernent que les chauffages décentralisés. Si vous avez une chaudière électrique centralisée, il n'y a pas de rallonge prévue pour vous. La lecture rapide du texte fait croire l'inverse à beaucoup de monde.
Pour un chauffage décentralisé, deux voies existent, et elles reposent sur le CECB, le certificat énergétique cantonal des bâtiments :
- Classe D ou E : le délai d'assainissement peut être prolongé de 5 ans au maximum, soit jusqu'au 1er janvier 2038.
- Classe A, B ou C : l'assainissement peut obtenir une dispense provisoire, sur requête, réévaluée tous les 3 ans.
Une troisième voie existe : compenser 25 % de la consommation électrique du chauffage par une production d'électricité renouvelable sur place, à condition que le bâtiment atteigne au moins la classe D. Concrètement, du photovoltaïque en toiture — ce qui, sur les toits bien exposés du coteau entre Féchy et Bougy-Villars, n'est pas une idée absurde.
Le point que personne n'écrit : le sursis est gelé
Un recours a été déposé en janvier 2025. Depuis, la directive de mise en application du décret est suspendue. Le décret lui-même et le devoir d'annonce restent pleinement en vigueur. Mais le canton l'écrit noir sur blanc :
Pour l'instant, la Direction de l'énergie ne délivre pas d'attestation d'assainissement, de dérogation ou de prolongation de délai.
Traduisez : l'échéance court, l'échappatoire est gelée. Vous ne pouvez pas, aujourd'hui, faire sécuriser votre prolongation D/E ni votre dispense A/B/C. Vous pouvez déposer, vous ne pouvez pas obtenir. C'est exactement l'inverse de ce que l'on entend souvent, à savoir « je ferai une demande de prolongation le moment venu ».
Cette situation est datée. Le recours peut se dénouer à tout moment, dans un sens ou dans l'autre. Avant toute décision, faites confirmer l'état du dossier auprès du canton.
Ce que ça change pour un propriétaire de la région
Si vous comptiez sur la prolongation pour repousser, votre plan repose aujourd'hui sur quelque chose que l'administration ne délivre pas. Il reste huit ans, et huit ans passent vite quand un remplacement demande un devis, une annonce communale, une demande de subvention et un chantier.
Il y a aussi un effet de file d'attente très concret. Ces 22'000 logements ne se répartissent pas uniformément dans le temps. Plus on approche de 2033, plus les installateurs de La Côte seront chargés, et plus les délais s'allongeront. Ceux qui s'y prennent maintenant choisissent leur date de chantier ; ceux qui attendent la subiront.
Un troisième effet est moins visible mais tout aussi réel : la valeur du bien. Un acheteur informé, en 2029 ou en 2030, saura qu'un chauffage électrique dans le canton de Vaud est un chantier à financer. Cela se négocie, et cela se retrouve dans le prix. Un logement mis en conformité tôt vaut mieux qu'un logement dont le nouveau propriétaire hérite d'une échéance.
Comment savoir dans quelle catégorie vous êtes
Trois vérifications, dans cet ordre, avant de demander quoi que ce soit à qui que ce soit.
- Centralisé ou décentralisé ? Une seule production au sous-sol qui alimente tout le logement, ou des appareils indépendants pièce par pièce. C'est ce qui décide si les prolongations vous concernent, même en théorie.
- Le chauffe-eau est-il électrique lui aussi ? Ballon électrique classique, cumulus, boiler mixte : regardez l'étiquette et le tableau électrique, pas votre souvenir.
- Quelle est la classe CECB du bâtiment ? Sans elle, aucune des deux voies de prolongation n'est même discutable. Et le CECB sert aussi au dossier de subvention, avec ses propres exigences de classe.
Ces trois réponses tiennent sur une demi-page. Elles suffisent à savoir si vous avez un vrai levier ou si vous n'en avez aucun.
Par quoi remplace-t-on, en pratique
Sur le périmètre morgien, trois cas reviennent constamment.
La villa avec radiateurs électriques et sans circuit d'eau. C'est le cas le plus lourd, parce qu'il n'y a rien à raccorder. Une pompe à chaleur air-air évite de créer un réseau hydraulique complet. Une air-eau avec pose d'un circuit reste possible, mais c'est un autre budget et un autre chantier.
La villa avec chaudière électrique centralisée et radiateurs à eau. Le plus simple : le circuit existe déjà. Reste à vérifier la température de départ, ce que nous détaillons dans notre guide sur les radiateurs existants.
Le chauffe-eau électrique seul. Un chauffe-eau thermodynamique règle ce point à lui seul, sans toucher au chauffage. C'est souvent le premier geste, et le moins douloureux.
L'ordre à respecter, sinon vous perdez de l'argent
Une règle avant toutes les autres : la demande de subvention doit être déposée et acceptée avant le début des travaux. Un acompte versé, une commande signée, une machine livrée, et l'aide est perdue. Nous y consacrons un guide entier : les cinq erreurs qui coûtent la subvention.
L'ordre qui fonctionne : bilan de l'existant, choix de la technologie, devis, demande de subvention sous le bon code (M-05 pour une air-eau jusqu'à 70 kW, M-06 pour une sol-eau ou une eau-eau jusqu'à 70 kW, IP-06 au-delà), accord, annonce au titre de l'art. 68c RLATC ou demande d'autorisation, puis chantier. Jamais dans un autre sens.
Si vous voulez savoir où vous en êtes, la page remplacement d'un chauffage électrique reprend les solutions et les ordres de grandeur. Et si votre bâtiment se trouve dans un secteur desservi par un réseau de chaleur, lisez d'abord notre comparaison entre pompe à chaleur et chauffage à distance : la bonne réponse n'est pas la même à la Gare-Sud de Morges et à Mont-la-Ville.